Avocat, vu d’ici et d’ailleurs, des pages de romans populaires à celles à inventer pour l’avenir d’une profession depuis toujours située entre public et marché. Présente au Panthéon comme dans les tours des quartiers d’affaire. Avocat : un métier ancré dans l’histoire, moqué ou célébré dans l’art et la littérature, diversement perçu et pratiqué encore aujourd’hui. Promenade récréative et peut-être instructive dans les cultures professionnelles en France, en Italie, en Allemagne. D’hier à aujourd’hui, quelles « représentations sociales » ? Quelles règles ? Quelles pratiques ? Quelles voies d’accès ? On apprend toujours des autres.
France : Idéalisme, technicité mais aussi déserts juridiques et recherche de chemins alternatifs.
La France compte 77 190 avocats (Ministère de la Justice, Références Statistiques Justice 2025, p. 42) pour 68 millions d’habitants. Mais c’est dans sa culture juridique que la profession puise encore une partie au mois de son « âme ». Balzac (Le Colonel Chabert, 1832) et Zola (L’Assommoir, 1877) ont immortalisé l’avocat français : défenseur des opprimés (comme Maître Derville), ou ambitieux sans scrupules (comme Me Vautrin). La culture a toujours représenté l’avocat soit en le moquant pour son côté rhéteur et avide soit en le célébrant pour louer son engagement social et son courage salvateur.
Les figures emblématiques récentes sont sans nul doute Gisèle Halimi et Robert Badinter (1928–2024), avocate et citoyenne engagée dans la lutte pour les droits des femmes, avocat et ministre de la Justice investi pour l’abolition de la peine de mort en 1981 (L’Abolition, 2000). Leurs combats incarnent cet idéal français : un droit au service de la justice sociale, où l’avocat est à la fois un technicien et un militant.
Le paysage actuel est encore marqué par une certaine rareté. En France, on compte 1 avocat pour 880 habitants (vs 1 pour 500 en Allemagne, 1 pour 240 en Italie).
57% de femmes exercent la profession (CNB, Rapport 2023). Et géographiquement, l’inégalité de présence devient un fait marquant. Certains barreaux ruraux (ex. : Meuse) n’ont pas vu arriver de nouveaux avocats depuis 15 ans (Village de la Justice, 2025) tandis que Paris se saisit annuellement de milliers de nouveaux entrants.
Le parcours actuel d’accès (depuis la réforme de 2017) est désormais « harmonisé » sur les standards européens : Master 2 en droit (Bac+5, Décret n° 2017-801 du 5 mai 2017), CRFPA (taux de réussite : 30–35 %, CNB, 2023), 18 mois à l’École d’Avocats (EDA), incluant un stage de 6 mois. Et enfin le traditionnel serment devant la Cour d’appel (rituel inchangé depuis le XIXe siècle).
La déontologie actuelle reste marquée par le secret professionnel absolu, par la clause de conscience (héritage révolutionnaire) et par un accès contrôlé aux règles d’accès à la publicité avec notamment l’interdiction de publicité comparative et l’utilisation des réseaux dans le respect des grandes obligations professionnelles (Règlement Intérieur National, CNB, 2023).
Allemagne : La célébration des juristes de l’ombre, entre rigueur et intégration économique résolu
L’Allemagne aurait-elle en ce domaine également puisé à l’héritage prussien. Elle compte 166 000 avocats (Rechtsanwaltskammer, 2019) pour 83 millions d’habitants. Ici, l’avocat (Rechtsanwalt) est un technicien du droit, héritier des juristes prussiens qui, sous Bismarck, ont bâti l’État de droit moderne. La figure emblématique moderne pourrait cette fois être Gustav Radbruch (1878–1949), philosophe du droit et ministre de la Justice sous la République de Weimar. Son œuvre (Philosophie du droit, 1932) reste une référence pour comprendre l’équilibre entre rigueur juridique et éthique. Et surtout la reconstruction de l’Etat de droit, tant discuté encore, fut un pivot de son travail. L’Allemagne compte aujourd’hui : 1 avocat pour 500 habitants, 40 000 avocats salariés en entreprise (loi de 2015, Le Monde du Droit, 2016) et 20 spécialisations officielles (droit fiscal, droit médical, etc.).
Le parcours actuel d’accès est « classique » mais aussi ardu : 5 ans d’études en droit (universités publiques) et Deux Staatsexamen (examens d’État) après études puis après 2 ans de stage. 1er Staatsexamen : Après les études. 2e Staatsexamen : Après un stage de 2 ans (Referendariat).
La déontologie actuelle se singularise par son adaptation à la présence d’avocats salariés en entreprise et par une importante rigueur s’agissant des honoraires pratiqués hors cette situation particulière.
Italie : Les Tribuns modernisés, entre la rhétorique historique et la surpopulation contemporaine
Avec 245 000 avocats, l’Italie demeurerait forte de l’héritage romain (Consiglio Nazionale Forense, 2025) Ne parle-t-on pas partout et encore de « Droit romain ». Pour 59 millions d’habitants, l’Italie détient le record européen : 1 avocat pour 240 habitants ! Ici, la profession s’inscrit dans l’héritage direct des orateurs anciens, comme Cicéron et dans les controverses plus contemporaines sur la difficulté de la Justice à imposer ses règles et standards à tous et partout. Les figures emblématiques ne manquent pas. Pour l’empilement des records en fonction, Giulio Andreotti (1919–2013), sept fois Premier ministre… et avocat de formation. En cette dernière matière, et en contraste avec le nombre de professionnels, le taux de réussite à l’Esame di Avvocato est d’environ 25% ce qui en fait un des plus bas d’Europe. Mais c’est le sentiment de surpopulation qui singularise : à Rome ou Naples, les avocats seraient aussi nombreux que les glaciers.
Le parcours d’accès actuel a pour spécificité un examen oral très redouté lors des épreuves lesquelles se déroulent après deux ans de stage en cabinet précédés de cinq d’études qui auront nécessairement inclus….le droit romain.
La déontologie actuelle procède du Code du Consiglio Nazionale Forense (CNF) Il insiste sur la dignité et l’intégrité. De nombreuses possibilités de formation existent encore en droit ecclésiastique et canonique. Matières temporelles et matières spirituelles.
La France rêverait d’avocats engagés, l’Allemagne formerait des juristes-ingénieurs, et l’Italie célébrerait des orateurs et de doctes professeurs passionnés. Le trait est bien trop « épais » et l’harmonisation de la profession sur le territoire de l’Union Européenne tend aujourd’hui à uniformiser parcours d’accès et déontologie. Demeure l’histoire et ses conséquences au « présent » notamment dans les représentations sociales de la profession. Toujours passionnantes à explorer.




